Lyacon, doctorant en moriceologie

lundi 3 février 2014

Nos députés se votent cinq semaines de vacances

Fatigués, sans doute, par les cadences infernales que subissent nos députés depuis si longtemps, nos élus du peuple se sont votés cinq semaines de congés payés supplémentaires, et ce à peine après avoir voté la loi sur le non-cumul des mandats.

Entre le nombre d’ordres qu’ils reçoivent de la Commission européenne, les lois qu’elle les autorise encore à voter, entériner et faire publier les directives de Bruxelles, nos députés sont épuisés, leur tâche devient insupportable ; ils se retrouvent au xixe siècle, c’est Germinal ou La Bête humaine.
Adopter des lois essentielles comme les sanctions à l’encontre des clients des prostituées, le mariage pour tous, l’entrée dans l’Europe de la Roumanie, le brevet sur le vivant, le permis de tuer les insectes butineurs, la promotion et le favoritisme de l’agriculture chimique (et des industries agrochimiques liées), le traité de libre échange avec les US etc. Chacun complétera à volonté…
On comprend aisément qu’ils veuillent à tout prix abandonner la souveraineté française : la France n’étant plus qu’une province européenne, leur charge de travail s’en trouve allégée d’autant (mais rassurez-vous, pas leurs émoluments !). Du coup, pourquoi ne pas en profiter pour briguer quelques mandats supplémentaires ? Ça mettra un peu de beurre dans les épinards ou, devrais-je dire, un peu de Smirnoff pour faire passer le Beluga ?
Bref ! Sauter sur cette occasion de se remplir les poches – pour notre bien à nous, les électeurs et contribuables, cela va sans dire –. Mais afin de ne pas mouliner dans le vide, le faire correctement : pour gagner une élection, il faut y consacrer du temps, aller sur le terrain, s’exprimer, se confronter, promettre (ah oui, ces chères promesses, ces promesses si peu chères, celles qui n’engagent que ceux qui veulent y croire… ). CQFD  ! Pour gagner, il faut y consacrer les ressources nécessaires, qu’à cela ne tienne : les électeurs seront heureux d’offrir leurs congés et leurs frais de campagne à leurs élus, après tout, c’est pour nous qu’ils le font … Ces congés ne sont-ils pas un peu courts pour mener sereinement campagne pour les municipales ?

Jamais nous pourrons les remercier assez pour les nombreux sacrifices (vie personnelle exposée, juges intégristes ou intègres qui les poursuivent pour le moindre petit faux pas) qu’ils font pour rendre notre vie plus heureuse encore.
Leur abnégation les pousse encore à décrocher un mandat de maire ; en effet, s’occuper du problème de la hauteur des trottoirs, décidée peut-être à Bruxelles, leur est essentiel. Il est quand même préférable d’être député-maire pour mieux servir, et se servir, lors de l’attribution des marchés.

Ces députés après deux mandatures, ne touchent qu’une maigre retraite  encore amputée, il y a peu, alors qu’ils sont en emploi précaire. Ils ont tout sacrifié pour être députés, autant leur vie professionnelle que leur vie familiale (sans parler de leur vie sentimentale). Le Peuple français, dans sa reconnaissance, leur accorde « le titre » d’avocat en compensation du sacrifice de leur carrière sur l’autel du sacerdoce politique.


Oh combien de députés, combien de sénateurs
Qui sont partis joyeux pour des campagnes de menteurs,
Dans ce terrible combat se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une défaite sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle démocratie à jamais enfouie !
Combien de maires oubliés avec leurs mauvais usages !
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé les honneurs !
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
Chaque élection en passant d’un butin s’est chargée :
L’un a saisi les tunes, l’autre le bonheur !
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous croulez à travers les amendes dues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux électeurs, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours qu’ils crèvent
Ceux qui sont réélus !
D'après Victor Hugo
 

2 commentaires:

  1. Et pendant ce temps, les maires des petites communes y sont souvent de leur poche !

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  2. Si ce n'était que de leur poché !

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